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Interview de Marie Le Prince (Psychologue du Travail – Caen)

Bonjour Marie ! Nous avons fait connaissance lors d’un Webinaire consacré à la charge mentale. Nous y reviendrons, c’est un vaste sujet, très apprenant. Comment vas-tu ?

Très bien, ravie d’échanger avec toi !

Avant de rentrer dans le vif du sujet…tu nous parles de toi, ton parcours ?

Je suis psychologue du travail, plus spécifiquement spécialisée dans la qualité de vie au travail et  l’accompagnement de personnes en situation de souffrance au travail. 

Pour le moment, mon parcours est assimilé à celui de la start-up Moodwork : j’ai rejoint l’entreprise dès sa création. Moodwork est une solution digitale proposant aux salariés tout un panel de ressources pour leur permettre de redevenir acteur de leur Qualité de Vie au Travail. En tant que psychologue, j’ai donc conçu et créé les contenus de la plateforme (fiches conseils, programmes de développement personnel, animation de conférence en ligne…) et j’ai accompagné individuellement de nombreux collaborateurs selon leurs besoins spécifiques : questionnement sur leur place en entreprise, suspicion de burnout et plus récemment j’apportais un soutien psychologique lié à la période de confinement que nous avons traversé. 

Cette expérience extrêmement riche s’est terminée il y a quelques semaines : il était temps pour moi que j’explore de nouvelles manières d’accompagner les individus !

L’hyper-connexion, c’est un sujet prioritairement professionnel ou personnel, selon toi ? 

Les deux ! Que ce soit le travail qui déborde sur le temps personnel via les appels de dernière minute, les coups d’oeils aux mails le soir ou le week-end, ou les messages personnels que l’on peut recevoir au cours de la journée  car le téléphone personnel n’est jamais très loin, être sans cesse relié à tous les aspects de sa vie est tout aussi chronophage qu’épuisant mentalement. Redéfinir notre rapport au digital doit être le plus large possible.

Dans le cadre de ta mission, de ton métier, quels profils rencontres-tu, qui sont confrontés à ces sujets ? Quels sont les cas, les situations les plus courantes ?

Principalement, ce sont les salariés qui rencontrent une forte charge de travail, qui sont très investis dans leurs missions, voire qui ont un certain degré de responsabilité qui sont le plus sujet à l’hyper-connexion et qui me contactent pour alléger leur rapport au digital. 

Parle nous de tes fiertés, tes réussites !

Les principales fiertés qui me viennent à l’esprit sont étroitement liées avec mon coeur de métier : il n’y a rien de plus gratifiant que de constater, au fil des consultations, l’impact positif des échanges que j’ai avec les salariés. En tant que psychologue, la remise en question est constante. Avoir donc des retours positifs sur la posture et les approches adoptés envers les personnes que j’accompagne est inestimable.  

Pour revenir à la charge mentale, peux-tu nous en dire plus ? Si on pouvait la définir ?

Pour être la plus simple possible, la charge mentale renvoie aux efforts conscients ou non qui nous permettent de garder en tête des informations à ne pas oublier. 

Une recette ou deux, quelques clés pour l’alléger ?

La principale que j’ai à conseiller, c’est de soulager les efforts cognitifs et donc de noter toutes ces choses que vous avez à faire. Todolist, post-it, calendrier à portée de main… videz-vous l’esprit régulièrement en classant aussi les informations pour retrouver une certaine sérénité. Quitter le travail en ayant noté les personnes à rappeler le lendemain, les idées quant à un dossier est un très bon réflexe à adopter. La deuxième : trouvez-vous des alliés à qui vous pouvez déléguer des catégories de tâches pour ne plus avoir à y penser !

Aujourd’hui, seulement 16% des entreprises concernées en France, ont engagé une démarche favorisant le Droit à la Déconnexion pour leurs salariés. Pourquoi pas plus ? Ton avis ?

D’une part, je pense que les contours de la loi sont assez flous et peu contraignants. Celle-ci intime aux entreprises la mise en place d’une charte négociée avec les partenaires sociaux, pour autant la direction peut, sans accord, prendre des mesures unilatérales. Elle inclut un volet centré sur la formation et la sensibilisation, ce qui est positif, mais ne propose pas de base minimale obligatoire de déconnexion.

Ainsi, c’est un très bon premier pas, mais à mon sens devant prendre davantage d’ampleur pour que les entreprises puissent pleinement s’en saisir.

L’enjeu de la déconnexion en entreprise est crucial pour le bien-être au travail, l’engagement des collaborateurs, leur fidélité. Ça se joue où ? Sur le terrain, dans les bureaux de la Direction, au niveau du “middle management” ? Qui a les clés ?

Tout le monde a les clés en ce qui concerne le bien-être au travail : direction, managers et salariés. C’est en se saisissant ensemble du sujet, au travers de discussions transversales, en analysant les besoins, les ressentis, les enjeux de chaque partie, que les entreprises pourront avancer sur ce sujet et mettre en place les mesures les plus pertinentes.

L’hyper-connexion professionnelle est-elle un facteur favorisant le burn-out ?

De nombreux facteurs favorisent le burnout : stress, fortes exigences sur le lieu de travail, mauvaise qualité des relations interpersonnelles, absence de reconnaissance…  L’hyper-connexion en fait aussi partie en effet. Pour autant, attention au raccourci : ce n’est pas parce qu’un salarié est hyper-connecté qu’il sera forcément victime de burnout !

Ton portable à toi, comment lui fixes-tu des limites ?

Je suis une assez mauvaise élève et mon portable n’est jamais très loin de moi… Néanmoins, je respecte certaines règles : je le laisse de côté le soir, et ne l’utilise que très peu lorsque je suis à l’extérieur (à part pour prendre quelques photos !).

Il ressemble à quoi ?

C’est un iPhone Xs reconditionné : j’essaie de limiter l’impact écologique de mes achats…!

A quel moment apprécies-tu le plus de le lâcher ?

Je suis quelqu’un qui a beaucoup de difficulté à se concentrer sur une seule chose : alors quand j’arrive à oublier mon téléphone et suis pleinement dans ce que je suis  en train de faire, c’est une belle victoire ! 

Ta recette à toi, pour ta déconnexion personnelle ? 

Il n’y a rien de mieux que les activités manuelles ou à l’extérieur : prendre du temps pour dessiner, écrire, peindre, jardiner, décorer, construire… Des occupations qui nous permettent de nous exprimer, de nous ressourcer pleinement et qui ne nécessitent aucun objet digital. 

Quels sont tes projets à court terme ? 

Je vais principalement me concentrer sur une activité en libéral et accompagner entreprise ou individu concernant toutes les questions liés à la qualité de vie au travail, au bien-être, aux risques psychosociaux… 

Mais en parallèle, je vais aussi prendre du temps pour me former sur la thématique de la parentalité et ainsi pouvoir accompagner les pères ou mères en situation de burnout parental.

La dernière version de notre site sansmonportable.com recense « les trésors », les lieux notamment, hôtels, restaurants, endroits cachés où la déconnexion prend tout son sens. 

Tu en connais un à nous faire partager ici ?

Normande d’adoption, j’ai récemment redécouvert certains lieux aux alentours de chez moi : pour ceux qui visiteraient la région, n’hésitez pas à passer une après-midi à la forêt de Grimbosq près de Caen, ou à vous balader le long de la côte vers Barneville-Carteret dans la Manche !  

Notre site te permettra aussi de te faire connaître auprès de notre réseau…prêt à ouvrir ton compte, créer ta fiche ?

Bien sur !

Et si nous imaginions un événement ensemble, une action, un Webinaire, une conférence pour développer notre visibilité et nos savoirs-faires communs, tu serais partante ?

Évidemment, il y a de nombreux sujets que nous pourrons développer ensemble.

Si par bonheur tu voulais soutenir l’association, pour 1 an, tu trouveras ici pour 15€, le lien te permettant d’apporter ta contribution…

https://www.helloasso.com/associations/sans-mon-portable/adhesions/adhesion-a-l-association-sans-mon-portable-2020-2021

Et si on souhaite suivre ton actualité ? Où te retrouver ?

Pour le moment, vous pouvez me trouver principalement sur linkedin. Je travaille en parallèle à la création d’un site pour pouvoir partager avec plus de liberté de nombreuses ressources !

A très bientôt chère Marie, restons en contact !

À bientôt Boris, merci de m’avoir contactée pour cette interview !