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Belles histoires de déconnexion – numéro 5

Il est des professions pour lesquelles mettre en place des plages de déconnexion va bien au-delà de rétablir une frontière entre travail et vie privée. Je travaille notamment depuis plusieurs mois avec des foyers de l’enfance, chargés d’accueillir des enfants placés par une mesure d’urgence. 

Pour les ados et pré-ados, le smartphone représente souvent le seul lien avec “l’extérieur”, avec leur famille, leurs amis, leur vie d’avant. C’est une possibilité d’intimité et un espace de liberté, autant dire, beaucoup plus qu’un simple outil de distraction. Chaque institution a ses propres règles, mais il n’est évidemment pas question d’interdire purement et simplement l’usage du téléphone ; il faut trouver le bon équilibre.

Pendant mes formations, je demande aux professionnels de répertorier les moments de la vie quotidienne pendant lesquels l’utilisation des outils numériques est la plus problématique. Chaque structure est confrontée à des situations très différentes en fonction de l’âge et de la personnalité des pensionnaires : certains enfants sont déscolarisés, certains partent le week-end, d’autres sont en permanence dans les locaux, y compris pendant les vacances.

Une fois le constat effectué, nous faisons des ateliers en petits groupes pour trouver des solutions sur mesure, faciles à mettre en place rapidement avec les moyens du bord. Tout le personnel participe à cette réflexion, des éducateurs aux veilleurs de nuit, en passant par les administratifs et les personnes en charge de l’entretien, parce que tout le monde est concerné par le bien-être des enfants et impacté par l’ambiance au sein du foyer.

La mixité des groupes permet aux idées les plus originales d’émerger : c’est le cuisinier d’un foyer qui a trouvé la solution idéale pour détourner Lisa de TikTok. Adolescente en grande souffrance, elle était en permanence immergée dans ce réseau à regarder des vidéos, et refusait de participer à toutes les activités proposées. Une monitrice expliqua qu’elle était obnubilée par les images de chevaux et qu’elle rêvait de devenir vétérinaire. 

Jean dit qu’il avait l’habitude d’amener le pain sec de la cantine à un de ses amis gérant d’un petit club hippique dans un village voisin, on pouvait peut-être confier cette tâche à Lisa. Dès le lendemain, la proposition lui fut faite, elle l’accepta avec joie. 

Vous pouvez imaginer cette jeune fille en charge de la collecte du pain à la fin des repas, et du stockage dans un sac à part. Tous les jeudi après-midi, elle range sans sourciller son téléphone dans son casier avant de partir pour les écuries avec un éducateur. Elle est très fière qu’on lui fasse confiance, et apprécie le temps passé au grand air. TikTok ne lui manque jamais quand elle est auprès des chevaux. C’est à ça que ressemble une plage de déconnexion réussie.

Par Karine Galland, coach et consultante en bien-être digital